Quelques pas sur mon chemin, avec vous...

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mercredi 23 janvier 2008

"TO KNOW IS TO BE"

"C’est auprès de Swamiji que j’ai découvert le sens (…) de « libération par la connaissance » (jnana yoga) : (…) on est libre de ce qu’on connaît. Ce n’est pas qu’il y ait à connaître une réalité grâce à laquelle on sera libre, mais qu’on est libre de ce qu’on connaît vraiment. (…) Dès nos premiers entretiens, Swamiji m’avait dit : « « To know is to be » et tout ce que vous croyez connaître, tout ce que vous avez écrit dans vos livres (mes premiers livres), vous ne le connaissez pas ; vous le dites parce que vous l’avez vu chez d’autres ou vous l’avez entendu dire par d’autres (…) Qu’est-ce qu’il y a à connaître ? Vous êtes la paix, vous êtes la béatitude – vous êtes l’atman (la réalité suprême). Vous avez simplement à être libre de tous les recouvrements de l’atman ; et ces recouvrements vous ne pouvez en être libre que si vous en avez la connaissance réelle. (…) Vous n’avez aucune connaissance réelle de vos pensées, de vos émotions, de vos sensations – de tous vos fonctionnements – parce que vous n’avez jamais été réellement, (…) à la lumière de la vigilance, vos pensées, vos sensations, vos émotions. Il y a toujours eu un certain décalage ; ce qui fait que vous n’avez jamais connu ce que vous avez vécu. (…) »

Ce qui me distingue (…) du sage, c’est la présence des émotions. (…) Le sage n’a plus d’émotion – ni peurs, ni désirs ; il est au-delà du blâme et de la louange, du uccès et de l’inuccès, de la réussite et de l’échec. (…) Il peut reconnaître qu’il y a une souffrance physique dans telle ou telle partie du corps (…) (mais il ) n’est pas identifié à cette souffrance comme un autre être ; (...) c’est le corps qui souffre mais (…) essentiellement lui ne souffre pas. (…) Si vous voulez être libre de vos émotions, il faut avoir la connaissance réelle, immédiate, de vos émotions. Et c’est ce qu’il y a de plus rare. Quelqu’un peut avoir passé sa vie dans les désespoirs, les angoisses, les anxiétés, les colères et les jalousies, sans connaissance réelle de ses émotions. (…) Comment pouvez-vous être vraiment libre de ces émotions en les connaissant ? (…) En étant, sans dualité, ému. Là je soulève une grosse question. Pratiquement, depuis votre enfance on vous a empêché d’être émus. On vous a reproché vos émotions. (…) On vous a répété : « Allons souris, ne sois pas triste, si tu voyais quelle tête tu as quand tu es triste ! Si tu veux être aimable et charmant, sois souriant ! Quelqu’un de triste ennuie tout le monde ! » Ce qui fait que, tout en étant toujours mporté à longueur d’année par les émotions, on ne les vit plus jamais pleinement, totalement, consciemment – « sans un second », c'est-à-dire sans créer autre chose que l’émotion : je ne devrais pas être ému, je ne suis pas content d’être ému ; que c’est pénible d’être malheureux ; j’en ai assez d’être toujours triste, j’en ai assez de souffrir. Je suis en train de me ridiculiser, etc. (…) Je ne peux avoir la connaissance de la tristesse que si je suis pleinement, parfaitement triste. Et, plus difficile : je ne peux avoir la connaissance de la colère que si je suis pleinement, parfaitement en colère. Comment allez- vous être pleinement et parfaitement en colère sans exprimer celle-ci – par conséquent sans risquer de frapper, de blesser (…) ? Quelle que soit la difficulté de connaître les émotions, de connaître la colère en étant en colère, de connaître l’angoisse en étant angoissé, vous devez vous rendre compte qu’il n’y a pas d’autre issue. Alors…est-ce vraiment sans issue ? Tout dépend de votre certitude à cet égard, et de votre attitude intérieure. Et vous pouvez sentir la valeur de ces trois termes, que j’ai bien souvent utilisés : expression, répression et contrôle. L’expression, le mot le dit bien, c’est ex – au dehors – pression : pousser au dehors ce qui nous opprime ou nous oppresse. Réprimer, c’est l’enfouir à l’intérieur.

Est-ce qu’il n’y a pas d’autres possibilités que l’expression ? (…) Ce n’est pas la seule possibilité d’être ému, donc de connaître réellement l’émotion. Ce qui doit être éliminé, c’est le mensonge de la répression, la tentative de suppression car c’est une tentative vaine. Toute émotion – un bonheur momentané ou une souffrane – est toujours une forme prise par l’énergie fondamentale en vous, comme une grande vague qui se lève avant de retomber. Si vous pouvez être ému tout en contrôlant, c'est-à-dire en ne manifestant pas ou peu – mais sans refuser – vous pouvez être consciemment ému et avoir une connaissance de l’émotion. Simplement vous ne l’exprimez pas au dehors. La tragédie de l’émotion, c’est le refus ; c’est le denial – la négation ; c’est la tentative de répression. Et cette tentative est à peu près permanente ; c’est pour cela qu’il y a si peu de progrès sur le chemin. Les émotions pénibles ou douloureuses sont systématiquement refusées ; par conséquent vous n’êtes plus unifié dans l’émotion. Une dualité se créé ; je ne devrais pas être ému. L’émotion est elle-même le fruit d’un premier refus : ce fait ne devrait pas être ce qu’il est. Et l’émotion pénible est à son tour refusée, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment ; tout votre être souffre de souffrir et crée un second conflit entre vous et l’émotion.

Dans le conflit, il n’y a aucune connaissance possible de l’émotion. (…) On arrive simplement dans l’impasse de ce conflit qui s’exprime en français dans les tournures grammaticales bien courantes ou nous distinguons « je » et « moi ». « Je ne me comprends pas moi-même, comment est-ce que j’ai pu faire une chose comme ça. » Ou « Je ne sais pas ce qui m’a pris. » (…) (Il ne faut pas) confondre ce « je » du langage courant avec le témoin (…), la conscience, l’œil qui est « la lampe du corps », ce regard qui éclaire nos ténèbres intérieures. (…) Quand vous dites « je me » (…) vous vous emprisonnez. « Je », c’est tout ce que vous estimez bien ou bon en vous, tout ce qu’on vous a appris à trouver bien, et « me », c’est tout ce que vous avez appris à condamner. Cela n’a rien à voir avec la vérité de vous-même ! A partir de votre enfance, éventuellement même à partir de samskaras de vies antérieurs (…), vous avez, comme les psychologues l’ont si bien confirmé, créé en vous un personnage fait d’imitation ou d’imitation négative de ceux qui ont compté dans votre vie faible et dépendante de petit enfant, c'est-à-dire le père, la mère, un oncle proche, une tante, les grands parents, la maîtresse d’école (…) Et cela se poursuit : onze ans, douze ans, quinze ans. Vous continuez à vous diviser en deux : ca que vous aimez et ce que vous n’aimez pas, ce que vous considérez comme bien et ce que vous considérez comme mal – au mépris total de votre vérité complexe mais bien présente. Finalement se crée une image de vous. Si vous vous considérez comme engagé sur un chemin spirituel, ce qui sera le centre de cette image de vous c’est un archétype de sage. (…) C’est un pur mensonge qui ne peut que vous perdre. (…)

Si vous pouvez quand vous êtes ému, être vraiment ému (…) vous pouvez être ému sans dualité et, dans la plupart des cas, vous pouvez en même temps contrôler. Seulement aujourd’hui, vous confondez encore le contrôle et la répression. (…) Vous réussisez à ne pas vous mettre en colère ou à sourire malgré vos malheurs, sur la base irrémédiablement mensongère d’une dualité : je ne devrais pas être ému ; je suis triste mais je ne suis pas d’accord pour être triste.. (…) Le point le plus important de la sadhana (du chemin) : dans l’existence, de minute en minute et de jour en jour, vivre consciemment les émotions - et les contrôler. Je suis en colère – sans aucun doute ; il n’est pas question de créer un clivage à l’intérieur de moi, de penser que je ne devrais pas être en colère ; mais il n’est pas question non plus, dans les conditions et circonstances présentes, d’exprimer cette colère. Ce serait ne plus tenir compte des autres éléments de cette situation – ne plus tenir compte des autres humains (effrayer mes enfants, blesser quelqu’un moralement) ni des autres aspects de moi-même (…).

Je vous promets, et c’est à vous de le vérifier et de le vivre, que, si vous le voulez vraiment, vous pouvez être ému tout en contrôlant. Cela n’a rien à voir avec la répression. Je suis triste – un, sans un second ; je suis triste et il n’y a rien à ajouter à cette tristesse. Ici, maintenant, je suis triste. »
A. Desjardins
(A la Recherche du Soi. Volume 2)

Une clé sur le chemin : voir et reconnaître.

Voir et reconnaître qu’il y a pleins de désirs en nous, et parfois contradictoires.

Voir et reconnaître qu’il y a pleins de personnages en nous, et parfois contradictoires, et notamment un petit enfant qu’un jour, une fois, il faudra bien écouter, et prendre dans ses bras pour enfin consoler et lui dire : « je t’aime ».

« L’amour ne guérit pas du non-amour », personne ne peut réparer nos blessures à notre place, nous aimer à notre place. Accepter l’enfant en nous, c’est commencer à devenir adulte. Pour cela, il faut voir et reconnaître cet enfant, et ne pas croire qu’on est adulte parce qu’on a 30, 40 ou 50 ans - alors qu’affectivement on en a seulement 2.

C’est la question du « QUOI » : quel est l’état actuel des choses, que dit la vérité, que suis-je ici et maintenant ?

La question du « POURQUOI » n’est que subsidiaire : comprendre que l’enfant est toujours là parce qu’il s’est senti abandonné par ses parents, ou parce qu’il a subi tel ou tel traumatisme, cela n’est pas l’accueillir – cela peut tout au plus aider à approfondir le contact avec cet enfant, à mieux le découvrir, à accueillir son histoire, son passé – mais ce n’est pas l’accueillir, lui ! Trop souvent on « pressent » seulement une blessure, on devine qu’il y a un enfant derrière l’adulte, et puis on le cache bien vite pour continuer à faire bonne figure dans la vie, tout en se mettant en quête d’explications psychologiques sur le mal de vivre qui s’est exprimé – en oubliant de VIVRE cet enfant ! La seule solution, c’est, chacun pour soi, rejoindre l’enfant, l’accueillir : OUI, je suis cela – et la réconciliation peut avoir lieu, sans « pourquoi », sans « comment » (ou alors secondairement, quand tout est apaisé, pour affiner les choses, pour consolider le lien de soi à soi-même) – mais l’essentiel est gagné ! Voir et reconnaître : la véritable connaissance de soi - CONNAITRE CE QUI EST, et non pas les implications avec le passé, les mécanismes. Tout est impermanent, seul est ce qui est MAINTENANT !

Bonne pratique…

Et n'oublions pas les mots de Swami Prajnanpad (Swamiji) : la voie n’est pas pour les tièdes ! Alors, soyons à la hauteur.

10 commentaires:

akidbelle a dit…

Merci Marion.
Ces textes sont difficiles et peuvent etre douloureux pour ceux qui n'ont pas reconnu que le vocabulaire utilise n'a pas la signification "habituelle" de jugement que nous mettons dans tous les mots pour en faire des maux!
Comme ils parlent du fait que toute la realite est neutre, c'est tres facile d'en faire un double noeud.. coulant! en se jugeant soi-meme comparativement a ce qui est ecrit.
Une seconde lecture peut alors commencer en essayant de faire ce que dit le texte: voir et reconnaitre les emotions, jugements, comparaisons que le texte suscite de ma part, en moi-meme, pour mon public interieur.
Et c'est exactement ce dont j'ai besoin pour en emerger!.. comme par hasard.
Bises
Jacques

Anonyme a dit…

Elles tombent pil poil, ces lignes. Elles m'encouragent à vivre la colère vraiment, à vivre la tristesse vraiment et à vivre la joie vraiment. Vivre tout par tous les pores ! Et le vivre vraiment, sans retenue, sans répression, sans mensonge. Vivre ! ah oui, vivre !
Merci Marion
Isabelle

Marion M. a dit…

Merci à vous deux, amis, vos éclairages sont précieux, et me permettent à moi aussi de mieux m'ouvrir au texte d'Arnaud...pour essayer de le mettre en pratique ! Je vous embrasse,
(Isabelle...d'En Calcat ? )
Marion

Anonyme a dit…

Bonjour, Marion
Je n'ai pas lu tout le texte, mais le ton me plaît, spécialement "la voie n'est pas pour les tiède", soyons à la hauteur.
Alors oui, soyons à la hauteur ! utilisons notre energie dans la bonne direction et serrons-nous les coudes ! être à la hauteur de ce que je reçois, faire honneur à cette opportunité qui m'est donnée de progresser sur le chemin. Voilà ma prière ce soir. Ce n'est pas facile...

Anonyme a dit…

Bonjour Marion,
Oui, Isabelle "d'En-Calcat" qui n'était pas à En-Calcat...

Être à la hauteur, ni trop haut ni trop bas : c'est tout un travail. Un travail d'artiste ou d'alchimiste, un travail d'équilibriste.
Il m'arrive souvent de mettre le feu à mes fioles ou de me retrouver le nez dans la poussière...
Pratiquons le coeur léger ! ça fait de l'incendie un feu d'artifice et de la chute un saut de l'ange.
A bientôt
Isabelle

fishfish a dit…

superbe Isabelle!

Anonyme a dit…

Oui, Isabelle, très beau...

philippe a dit…

Oui;ce soir je suis furieux et en colère!Parce que fracture du petit bout d'une phalange,3sem.d'arrêt et mon père et ma mère s'enguelent.
Merci à vous.

fishfish a dit…

Philippe avec toi

Marion M. a dit…

YES !